Chez Solares, façadier basé à Montpellier, on ne cherche pas à tout révolutionner pour grandir. Depuis 52 ans, l’entreprise familiale a traversé trois générations de dirigeant·es sans jamais perdre ce qui a fait son succès. Une leçon précieuse pour tout dirigeant qui envisage de reprendre une entreprise, ou d’en faire grandir une sans en dénaturer l’héritage.
Reprendre une entreprise familiale de 52 ans
Solares Façades a été créée en 1972 par le grand-père de Valérie Deloncle, puis reprise dès 1974 par son père. Valérie, elle, arrive « par hasard » en 1997 pour aider son père à changer de logiciel de gestion commercial. Elle découvre alors le métier en profondeur : comprendre comment on vend des mètres carrés de façade tout en achetant des kilos de matière première.
À la mort de son père en 2001, elle reprend l’entreprise avec sa mère. Vingt-cinq ans plus tard, Solares c’est :
- 30 collaborateur·rices, dont certain·es fidèles à l’entreprise depuis de longues années
- 5 à 6 millions d’euros de chiffre d’affaires
- Environ 6 500 chantiers réalisés depuis la création
- Une clientèle large : particuliers, copropriétés, marchés publics (écoles, collèges), bailleurs
L’entreprise s’est spécialisée dans la rénovation de façade et les travaux techniques de l’enveloppe du bâtiment, un métier de niche porté par un champ de clientèle très étendu.
Le vrai défi quand on reprend une entreprise en pleine croissance
Reprendre une entreprise familiale, ce n’est pas seulement hériter d’un carnet de commandes. C’est hériter d’une culture, de valeurs, d’un lien humain construit sur des décennies. Pour Valérie, le défi n’a jamais été de trouver plus de chantiers.
C’était de grandir sans perdre ce qui fait la spécificité de Solares Façades : la qualité et la sécurité.
« Qualité, sécurité, c’est les deux mots que je dis le plus à mes services, » résume-t-elle.
Le vrai problème n’était donc pas visible dans les chiffres de croissance. Il se logeait ailleurs : dans la difficulté à faire circuler l’information à mesure que les équipes grossissaient, et dans le risque de perdre le lien de proximité qui a toujours fait la force de l’entreprise.
Valérie n’est plus au contact quotidien des ouvriers, elle est davantage au bureau, même si elle continue d’aller régulièrement sur les chantiers. Il fallait donc trouver comment recréer ce lien à une autre échelle.
L'arrivée de Thomas : structurer sans réinventer
Il y a un peu plus d’un an, Thomas rejoint Solares comme responsable qualité. Venu du bâtiment et du digital, sa mission est claire : accompagner la structuration de l’entreprise sans en réinventer les fondations.
« Je ne suis pas arrivé avec des gros souliers pour réinventer. J’arrivais dans une continuité, » explique-t-il.
Sa méthode a consisté à formaliser ce qui existait déjà plutôt qu’à imposer de nouveaux outils. Avant de proposer quoi que ce soit, il a d’abord cherché à comprendre pourquoi un outil métier déjà présent dans l’entreprise, BatiGest, n’était utilisé qu’à une fraction de son potentiel.
Ce qui a concrètement changé sur le terrain
Reprendre un outil sous-utilisé plutôt que d’en imposer un nouveau
Le constat de Thomas est simple : l’intérêt pour BatiGest n’avait jamais été ressenti par l’ensemble des collaborateur·rices. Plutôt que de le remplacer, l’équipe a choisi de le reconditionner, en y ajoutant des fonctionnalités connectées entre le bureau et le terrain.
François, chargé d’affaires depuis 3 ans, en constate directement les effets : grâce à une base de données réutilisable, il ne retape plus les mêmes lignes de devis à chaque fois.
« Cet outil m’apporte du confort, un gain de temps et un gain de performance, » confirme-t-il, notamment sur la transmission des dossiers vers la partie travaux.
Le lien terrain-bureau : des photos plutôt que des dossiers papier
Côté production, Clément, conducteur de travaux, récupère désormais les données de devis directement dans l’outil, sans avoir à revérifier chaque quantité. Il peut préparer ses commandes plus vite avec le magasinier, qui prépare ensuite les chantiers sur palettes pour les chefs d’équipe.
Sur le terrain, les chefs d’équipe comme Mohamed envoient des photos en temps réel via une application mobile. « On a un peu le WhatsApp de notre chantier entre les mains, » résume Thomas.
Ce fil d’informations sert plusieurs objectifs à la fois : suivre l’avancement, garder un historique pour le service après-vente, et prouver la conformité aux certifications qualité de l’entreprise.
Un contrôle qualité étape par étape sur chaque chantier
Sur un chantier d’isolation par l’extérieur en fibre de bois, comme celui observé dans une crèche municipale, Mohamed ne valide jamais une étape suivante sans avoir contrôlé la précédente.
« On ne va pas déclencher une étape après si le contrôle n’a pas été fait, » précise-t-il. C’est cette discipline, répétée chantier après chantier, qui garantit la qualité à grande échelle.
Les résultats d'une transformation sans précipitation
Le déploiement du nouvel outil s’est étalé sur 8 mois, sans précipitation. « Ce qui est dur, c’est de pas aller trop vite, » rappelle Thomas. Cette patience a porté ses fruits :
- Moins d’erreurs et moins de frictions entre le bureau d’études et la production
- Un gain de temps mesurable sur la rédaction des devis
- Une traçabilité complète des chantiers, utile pour le service après-vente et les audits de certification
- Une adoption naturelle de l’outil par les équipes, chefs de chantier compris
La philosophie qui rend ce changement durable
Ancienne sportive de haut niveau, Valérie applique à l’entreprise une logique héritée du basket : « Tu commences ton échauffement, tu shootes dans ton jardin, là où tu vas mettre tous les paniers, et après tu t’entraînes, tu t’écartes, tu fais des choses un peu plus difficiles. »
Chez Solares, le « jardin », c’est l’expertise façade. Une fois cette maîtrise consolidée, l’entreprise a élargi son terrain de jeu par étapes : d’abord en se structurant pour prendre des chantiers plus importants, ensuite en créant Solam, une société de montage d’échafaudage, il y a deux ans, avec Antonio da Silva, directeur de travaux depuis 25 ans.
Avec Solam, Solares maîtrise désormais la sécurité de bout en bout, de l’échafaudage jusqu’à la façade.
Cette logique se retrouve aussi dans le management des équipes. Plutôt que de s’acharner sur les points faibles de chacun·e, Valérie mise d’abord sur les forces, pour installer la confiance avant d’élargir les responsabilités.
Reprendre une entreprise, transmettre une entreprise : une même question
Que tu envisages de reprendre une entreprise ou de faire grandir la tienne, la question posée par Valérie reste la même : qu’est-ce qui fait que tes client·es reviennent, que tes équipes restent ?
C’est cet ADN-là qu’il faut préserver, même quand tout évolue autour.
Vingt-cinq ans après avoir repris Solares avec sa mère, Valérie envisage aujourd’hui de transmettre l’entreprise à ses collaborateur·rices. La boucle est bouclée : la meilleure façon de préparer une transmission, c’est peut-être de ne jamais perdre de vue ce qui, depuis 52 ans, fait que Solares reste Solares.