Dans l’arrière-pays héraultais, Metal’oc fabrique des pièces de métallerie et de mécanosoudure destinées, entre autres, aux vignerons. Derrière cette PME familiale dirigée par Philippe et Stéphanie, une conviction simple : tout produire en France, de la barre d’acier brute jusqu’à la machine livrée chez le client.
Metal'oc : deux sites et deux reprises en cinq mois
L’entreprise s’organise sur deux sites complémentaires.
- Le site Metal’oc, dédié à la métallerie et à la mécanosoudure : découpe, perçage, débit des barres.
- Un second site, consacré au montage, à la peinture et à la distribution des produits finis.
Cette organisation est récente. Elle est née de deux opérations menées coup sur coup : la reprise de l’entreprise « Les Forges du Vernazobre », devenue Metal’oc en juin 2022, puis le rachat de Pagesse, fabricant de matériel agricole, en novembre 2022. Deux entreprises reprises en l’espace de quelques mois, par un couple qui a démissionné de son poste de salarié à quelques mois d’intervalle pour se lancer, vers la cinquantaine, avec de gros emprunts et un projet commun.
Sur le terrain, la répartition entre bureau et atelier dit tout de la culture maison : 800 mètres carrés d’atelier pour seulement 8 mètres carrés de bureau, soit 1% de la surface. L’équipe est petite et concentrée sur la production : Bernard, spécialiste des grosses pièces et des châssis, Mathieu, sur les pièces circulaires, et Nicolas, sur la partie études. Une manière très Gemba de garder les décisions au plus près de la matière, plutôt que dans une salle de réunion.
Le vrai défi : passer du sur-mesure au produit sans perdre en compétitivité
Historiquement, l’activité de mécanosoudure fonctionnait à la pièce et au projet. Avec le rachat de Pagesse, Metal’oc a intégré une gamme de produits standardisés à destination des vignerons, en particulier une bineuse qui s’attelle en trois points à l’arrière d’un tracteur.
Basculer d’une logique de sur-mesure vers une logique de produit change beaucoup de choses : il faut industrialiser la fabrication, tout en gardant la réactivité qui fait la force d’une petite structure. Nicolas résume l’équilibre recherché : « on passe d’un côté un peu artisan, on industrialise, mais toujours en essayant de garder une touche agilité, réactivité. »
L’autre défi, plus direct, tient à la concurrence. Face aux fabricants allemands, la différence ne se joue pas sur la technique mais sur la structure. Philippe est catégorique sur ce point : « nos concurrents allemands ont des structures beaucoup plus importantes, donc des coûts de bureau d’études et de production beaucoup plus importants. » Résultat, Metal’oc peut se positionner sur les prix, et surtout sur les délais : « actuellement, aucun de nos concurrents n’est capable de livrer dans les délais auxquels on vit. »
La reprise des Forges du Vernazobre, le point de départ de tout
Le rachat de juin 2022 n’était pas un projet de longue date. Philippe et Stéphanie cherchaient un nouveau client pour leur activité. Ce client potentiel s’est révélé être à vendre. De ce concours de circonstances est née la reprise de l’entreprise, rebaptisée Metal’oc.
Cinq mois plus tard, la même logique se répète avec Pagesse : une opportunité de rachat transforme une entreprise de mécanosoudure en fabricant intégré de matériel viticole, avec sa propre gamme de produits et son propre réseau de distribution à construire.
Ce qui a concrètement changé chez Metal'oc
De la tôle brute à la pièce finie, sans sous-traitance
Toute la chaîne de production reste maîtrisée en interne. Les barres de 12 mètres arrivent par camion, sont débitées à la scie, puis découpées au plasma sur une machine italienne récemment acquise, un investissement autour de 100 000 euros, capable de découper de 4 à 25 millimètres d’épaisseur. Un système de levage des tôles a aussi été installé pour limiter la pénibilité sur ce poste. Les pièces découpées et soudées partent ensuite en thermolaquage avant de rejoindre le second site pour le montage final, une bineuse complète étant assemblée en une heure et demie.
Des aciers repensés pour plus de fiabilité
Le développement produit s’appuie directement sur les retours du terrain, un vrai réflexe de résolution de problème plutôt qu’une évolution décidée en bureau d’études. Sur les bineuses, les pivots étaient auparavant fabriqués dans un acier trop dur, donc fragile à l’usage. Un problème identifié sur les machines déjà en circulation, remonté par les vignerons eux-mêmes. Metal’oc travaille désormais avec trois nuances d’acier différentes sur une même machine, ce qui a permis de la rendre plus fiable sans sacrifier la robustesse recherchée. Une amélioration par petits pas, ajustée pièce par pièce plutôt que redessinée d’un coup.
Les chutes valorisées et un partenariat solidaire
Rien ne se perd dans la chaîne, une chasse au gaspillage qui n’a pas besoin d’être théorisée pour être efficace. Les chutes de découpe, appelées « squelettes » en interne, sont revendues à un ferrailleur à 180 euros la tonne, sur une matière première achetée plus de 1000 euros la tonne. Les plus petites chutes sont réutilisées pour d’autres pièces. Côté peinture, Metal’oc travaille avec un ESAT, structure qui emploie des travailleurs en situation de handicap, pour l’ensemble du thermolaquage des pièces.
Les résultats d'une fabrication made in France
Le positionnement 100% made in France, de la matière brute jusqu’au produit fini livré et garanti, se traduit déjà en chiffres concrets :
- Plus de 1 200 machines aujourd’hui en service sur le territoire, dont certaines vendues il y a une quinzaine d’années, avec un engagement de continuité sur les pièces détachées.
- Une distribution actuellement présente dans 4 départements, avec un objectif de couvrir tous les départements viticoles français d’ici fin 2025.
- Un montage produit en 1h30 par machine, sur un second site dédié.
- Un ratio bureau/atelier de 1%, révélateur d’une organisation tournée vers la production plutôt que vers les fonctions support.
L'agilité artisanale gardée malgré l'industrialisation
Ce qui rend cette trajectoire durable, ce n’est pas seulement la maîtrise de la chaîne de production. C’est la capacité à rester à l’écoute du terrain à chaque étape de la croissance : ajuster les aciers en fonction des retours clients, garder une équipe resserrée et polyvalente, continuer à réutiliser et valoriser ce qui pourrait devenir un déchet. Chaque collaborateur·rice, de Bernard sur les châssis à Nicolas sur les études, a construit son expertise en restant au contact direct de la pièce, pas derrière un poste théorique.
Le made in France, chez Metal’oc, n’est pas un argument marketing plaqué sur le produit. C’est une conséquence directe d’une organisation qui a choisi de tout garder en interne, de la découpe de la tôle jusqu’à la garantie du produit fini, plutôt que de sous-traiter pour gagner en volume. Une pratique de terrain, plus qu’une doctrine : les décisions se prennent au contact de la matière et des retours clients, pas dans un process figé.
Industrialiser sans perdre le terrain
L’histoire de Metal’oc pose une question qui dépasse le secteur viticole : à partir de quel moment une entreprise qui grandit commence-t-elle à perdre le contact avec ce qui a fait sa force au départ ? Chez Metal’oc, la réponse tient dans une organisation où l’atelier prime largement sur le bureau, et où chaque évolution produit part d’un retour terrain plutôt que d’une réflexion en salle de réunion.