Un club de basket féminin qui mise 5 % de son budget annuel sur une seule soirée, sans faire appel à un prestataire extérieur, pour aller défier un record d’affluence. Voilà le pari du BLMA (Basket Lattes Montpellier Méditerranée Métropole), et il éclaire une question que tout dirigeant·e finit par se poser : qu’est-ce qui fait vraiment gagner une équipe ?
La réponse est venue du terrain, entre le centre de formation et les coulisses de l’Arena
Le BLMA, un club de basket féminin structuré comme une entreprise
Le BLMA (Basket Lattes Montpellier Méditerranée Métropole) évolue en Ligue Féminine de Basket. Il dispute aussi la Coupe de France et les compétitions européennes.
Derrière la vitrine sportive, quelques chiffres suffisent à comprendre l’ampleur de la structure :
- 2007 : année de naissance du club, né de la fusion des clubs de Montpellier et de Lattes
- 20 salarié·es, en grande majorité des joueuses et entraîneur·euses professionnel·les
- 22 joueuses de 15 à 20 ans accompagnées au centre de formation
- depuis 2 ans, les recettes de sponsoring privé dépassent celles des collectivités publiques (métropole, région, département, ville de Lattes)
C’est une entreprise commerciale qui paie IS et TVA, encore organisée en association, mais avec un projet de passage en société.
Le vrai défi quand on reprend une entreprise en pleine croissance
Reprendre une entreprise familiale, ce n’est pas seulement hériter d’un carnet de commandes. C’est hériter d’une culture, de valeurs, d’un lien humain construit sur des décennies. Pour Valérie, le défi n’a jamais été de trouver plus de chantiers.
C’était de grandir sans perdre ce qui fait la spécificité de Solares Façades : la qualité et la sécurité.
« Qualité, sécurité, c’est les deux mots que je dis le plus à mes services, » résume-t-elle.
Le vrai problème n’était donc pas visible dans les chiffres de croissance. Il se logeait ailleurs : dans la difficulté à faire circuler l’information à mesure que les équipes grossissaient, et dans le risque de perdre le lien de proximité qui a toujours fait la force de l’entreprise.
Valérie n’est plus au contact quotidien des ouvriers, elle est davantage au bureau, même si elle continue d’aller régulièrement sur les chantiers. Il fallait donc trouver comment recréer ce lien à une autre échelle.
Le vrai défi d'un club de basket féminin de haut niveau : exister sans la visibilité du masculin
Le vrai défi du BLMA ne se règle pas sur le parquet. Il se joue dans les colonnes des médias.
Le sport féminin souffre d’un traitement médiatique, télévisuel et salarial très inégal par rapport au sport masculin. Moins de visibilité, ça veut dire mécaniquement moins de sponsors. Un cercle qui se referme sur lui-même.
Cette réalité économique se lit jusque dans le centre de formation, où sont accompagnées 22 joueuses de 15 à 20 ans, financièrement le maximum que le club puisse s’autoriser. Le coût par joueuse dépasse 8 000 € par an. Le BLMA en prend 50 % à sa charge, les familles complètent les 50 % restants.
Dans le basket professionnel masculin, ce coût est intégralement pris en charge par les clubs.
L'événement qui a mis en jeu 5 % du budget annuel du club
Face à ce déséquilibre, le BLMA a décidé de ne pas attendre que la visibilité vienne d’elle-même. Le club a construit HERAIA, la fabuleuse journée du sport féminin, le 24 mars, à l’Arena Sud de France Occitanie.
L’objectif affiché était clair : battre le record d’affluence pour un match indoor féminin en France, détenu jusque-là par le Palais des Sports de Pau avec 7 400 personnes. Pour le dépasser, il fallait franchir la barre des 8 000 spectateurs, dans une salle capable d’accueillir jusqu’à 9 000 places.
Le risque financier n’était pas symbolique : l’événement représentait 5 % du budget annuel du club, engagés sur une seule journée. La condition posée en interne était stricte : que le projet soit économiquement viable avant même l’ouverture de la billetterie, celle-ci ne devant être qu’un bonus.
Ce qui a concrètement changé dans ce club de basket sportif de haut niveau
Un cap visible pour tous les secteurs : le réflexe du management visuel
Olivier Ribotta, general manager du club, porte cette vision. Son rôle n’est pas de gérer le sport, mais de fédérer chaque secteur, sportif comme administratif, autour d’un même objectif.
« Pour gagner, il faut une unité, une énergie commune de tous les secteurs », résume-t-il.
Concrètement, cette unité passe par une pratique de management visuel : rendre l’objectif lisible et identique pour chacun·e, du service communication à la comptabilité. Plutôt que d’imposer une méthode, Olivier fixe un cap et laisse chaque collaborateur·rice choisir comment l’atteindre. À la personne en charge de la communication, la consigne tient en une phrase : remplir la salle, peu importe le visuel choisi pour y parvenir.
Une organisation pilotée en interne, sans prestataire extérieur
Aucun conseil extérieur n’a été sollicité pour porter HERAIA. Deux chefs de projet ont pris la responsabilité de l’événement : Olivier Ribotta et Roland, vice-président en charge du secteur pro et des finances.
Cette décision s’appuie sur une expertise déjà là :
- Olivier Ribotta a déjà organisé ce type d’événement au Palais des Sports de Gerland, à Lyon
- Roland a été directeur sportif à la JDA Dijon dès l’âge de 28 ans, l’un des meilleurs clubs français de l’époque
Le jour J, l’Arena a accueilli 40 exposants, une compétition féminine de CrossFit sur 500 m² de podium, et un derby occitan face à Tarbes.
Le centre de formation, terrain d’entraînement de la performance individuelle
Marie Lautier, vice-présidente du club et responsable du centre de formation, incarne l’autre pilier : construire la performance individuelle qui viendra nourrir la stratégie collective.
Chaque année, 200 candidatures arrivent pour 3 sessions de recrutement. Le coach en retient 10 à 12 par session, avant d’en garder finalement une quinzaine, en concurrence directe avec Lyon, Bourges ou l’INSEP, sur les 12 centres de formation que compte la France.
Pour chaque joueuse, les besoins sont évalués individuellement, du saut à la vision périphérique. Une machine restitue automatiquement les ballons pour enchaîner 500 à 600 tirs d’affilée, avec un gymnase climatisé à 22 degrés (le BLMA est le seul club à en disposer). Diététicienne et suivi du sommeil complètent le triple projet scolaire, citoyen et sportif, le bac restant un objectif non négociable.
Le BLMA en chiffres, au-delà de la seule soirée HERAIA
Le club affiche une dynamique qui dépasse largement le cadre d’une soirée réussie :
- 20 salarié·es à l’année, dont la majorité sont joueuses et entraîneur·euses professionnel·les
- 2 ans que le sponsoring privé dépasse les recettes des collectivités publiques dans le budget du club
- 4ᵉ place au championnat, décrochée en solo après la victoire face à Tarbes
- 8 069 spectateurs, nouveau record d’affluence pour un match indoor féminin en France
Pour Roland, le résultat dépasse le strict cadre sportif. « Pour l’entreprise BLMA, c’était un projet très ambitieux sur lequel on a mis énormément d’énergie, de force et de ressources. On a montré qu’on avait cette capacité opérationnelle », résume-t-il. Au-delà de la billetterie, l’enjeu était aussi de gagner en visibilité auprès de tout l’écosystème économique montpelliérain, celui-là même qui alimente les partenariats et le sponsoring privé du club.
La philosophie qui fait durer un club de basket sportif de haut niveau
Ce qui rend cette dynamique durable tient en deux mots, ceux qu’Olivier Ribotta utilise pour décrire son management : bienveillance et exigence.
« Je veux que les personnes autour de moi se sentent bien, et concernées à tous les niveaux. Et de l’autre côté, je suis très exigeant », explique-t-il.
Cette approche se traduit par une orientation plutôt qu’un contrôle : les équipes du club organisent elles-mêmes leur temps de travail. Et face aux imprévus du jour J, la seule ligne de conduite reste la même : il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions à trouver.
Et dans ta boîte, l'objectif est-il aussi visible qu'à l'Arena ?
Le BLMA n’a pas gagné avec le plus gros budget ni les infrastructures les plus récentes. Il a gagné en alignant chaque secteur, du terrain à la billetterie, autour d’un objectif que tout le monde pouvait s’approprier, un réflexe de management visuel qui ne coûte rien à mettre en place.
Le BLMA n’a pas gagné avec le plus gros budget ni les infrastructures les plus récentes. Il a gagné en alignant chaque secteur, du terrain à la billetterie, autour d’un objectif que tout le monde pouvait s’approprier, un réflexe de management visuel qui ne coûte rien à mettre en place.
Poser un cap clair, le rendre visible pour chaque collaborateur·rice, et laisser à chacun·e la liberté de choisir comment l’atteindre : c’est une pratique Lean qui ne demande ni gymnase climatisé, ni Arena de 9 000 places. Juste une vision partagée, et la conviction qu’un problème n’est jamais qu’une opportunité à saisir.